FAQ : À quoi sert le marketing ? (Et pourquoi ce n'est pas qu'une affaire de jolis logos)

Frédéric Barret, 10 min de lecture

Le marketing c'est utiser avec aplomb des mots américains vides de sens.

Avoir des dents ne fait pas de vous un dentiste. Voir des pubs ne fait pas de vous un marketeur.

Une question simple en apparence. Et pourtant, la réponse change tout pour une entreprise.


Demandez autour de vous ce qu'est le marketing. Vous obtiendrez des réponses très variées : « C'est la pub. » « C'est faire des posts sur les réseaux sociaux. » « C'est l'art de vendre n'importe quoi à n'importe qui. » Et mon préféré : « C'est le service qui choisit les couleurs. »

Si vous travaillez dans le marketing, vous avez sans doute déjà essuyé une larme discrète en entendant ces définitions. Car le marketing, c'est beaucoup plus que ça. Et surtout, c'est beaucoup plus utile que ça.

Alors, remettons les choses à leur place.


Partie 1 : Le marketing, qu'est-ce que c'est vraiment ?

Une définition simple

Le marketing consiste à comprendre les besoins de vos clients pour leur proposer une offre qui y réponde mieux que vos concurrents, et à le leur faire savoir.

Tout est dans cette phrase : comprendre, proposer, se différencier, faire savoir. La communication, à laquelle on réduit souvent le marketing, n'arrive qu'à la fin.

L'American Marketing Association le définit d'ailleurs comme l'ensemble des activités et processus qui permettent de créer, communiquer, délivrer et échanger des offres APPORTANT de la valeur pour les clients, les partenaires et la société. Créer arrive en premier, communiquer beaucoup plus tard !

Ce que recouvre le marketing

On résume souvent le marketing par les fameux 4P, formalisés par Jerome McCarthy en 1960 :

  • Produit : que vend-on, et quel besoin cela satisfait-il ?

  • Prix : combien le client est-il prêt à payer pour ce bénéfice ?

  • Place (distribution) : où et comment le client peut-il l'acheter ?

  • Promotion (communication) : comment le fait-on connaître et désirer ?

Et en amont de tout cela, il y a le travail le plus stratégique : connaître son marché (études, analyse de la concurrence), choisir ses cibles (on ne peut pas plaire à tout le monde) et définir son positionnement (la place que l'on veut occuper dans l'esprit des clients). Sans oublier la marque, qui donne du sens, de la cohérence et de la valeur à l'ensemble.

Ce que le marketing n'est pas

  • Ce n'est pas que de la publicité. La pub est un outil de communication, qui n'est elle-même qu'une partie du marketing.

  • Ce n'est pas de la manipulation. Un bon marketing ne fait pas acheter un produit inutile : il fait se rencontrer une offre utile et les personnes qui en ont besoin.

  • Ce n'est pas un vernis qu'on applique à la fin. Le marketing commence avant même que le produit existe.

Peter Drucker l'a résumé en une phrase restée célèbre : « Le but du marketing est de rendre la vente superflue. » Autrement dit, si vous comprenez si bien votre client que votre offre lui correspond parfaitement, elle se vend presque toute seule.


Partie 2 : Pourquoi le marketing est absolument indispensable

1. Parce qu'un bon produit ne suffit pas

« Mon produit est tellement bon qu'il se vendra tout seul. » C'est probablement la phrase la plus dangereuse de l'entrepreneuriat. Les analyses de CB Insights sur les causes d'échec des start-up placent régulièrement l'absence de besoin marché parmi les toutes premières raisons. Autrement dit, beaucoup d'entreprises échouent non pas parce que leur produit est mauvais, mais parce que personne n'en a vraiment besoin, ou ne sait qu'il existe.

2. Parce que vos clients ont le choix

Dans la plupart des marchés, l'offre est abondante. Pourquoi un client vous choisirait-il plutôt qu'un concurrent ? Si vous n'avez pas de réponse claire à cette question, vos clients n'en auront pas non plus. Le marketing, c'est précisément ce qui construit cette réponse.

3. Parce que la nature a horreur du vide

Si vous ne prenez pas la parole, vos concurrents le feront. Et chaque jour où ils occupent l'esprit de vos clients, ils prennent un peu de la place qui pourrait être la vôtre. Burger King l'a appris à ses dépens en France dans les années 90 : en désinvestissant face à McDonald's, la marque a perdu sa notoriété, ses parts de marché, et a fini par fermer tous ses restaurants.

4. Parce que le marketing rend tout le reste plus efficace

Un positionnement clair rend les commerciaux plus convaincants, les campagnes plus percutantes, les recrutements plus faciles, les prix plus justifiables. Le marketing n'est pas un centre de coût isolé : c'est ce qui donne de la cohérence et de la force à toute l'entreprise.

Ce que dit la recherche

L'orientation marché est rentable. Narver et Slater (1990) ont montré que les entreprises les plus orientées vers leurs clients et leurs concurrents obtiennent de meilleures performances, notamment en rentabilité. Écouter son marché n'est pas un luxe : c'est un levier de résultats.

La myopie marketing. Dans un article devenu un classique, Theodore Levitt (1960) expliquait que les compagnies de chemin de fer américaines avaient décliné parce qu'elles se pensaient dans le business du train, et non dans celui du transport. Elles ont regardé leur produit au lieu de regarder le besoin de leurs clients. Le marketing, c'est précisément l'antidote à cette myopie.

Les deux fonctions essentielles. Peter Drucker (1954) allait jusqu'à affirmer qu'une entreprise n'a que deux fonctions fondamentales : le marketing et l'innovation. Tout le reste, selon lui, ce sont des coûts.


Partie 3 : Pourquoi il faut s'appuyer sur des professionnels

Le marketing est un métier

Tout le monde a un avis sur le marketing. Parce que tout le monde est consommateur, tout le monde voit des pubs, tout le monde utilise les réseaux sociaux. Mais être consommateur ne fait pas plus de vous un marketeur qu'avoir des dents ne fait de vous un dentiste.

Le marketing demande des compétences spécifiques : méthodologies d'études, analyse de données, stratégie, positionnement, construction de marque, planification média, mesure de la performance. Et surtout, de l'expérience : avoir vu ce qui marche, ce qui ne marche pas, et pourquoi.

Le regard extérieur

Il est très difficile de voir sa propre entreprise avec les yeux d'un client. On connaît trop bien son produit, son histoire, son jargon. On tombe dans ce que les psychologues appellent l'effet de faux consensus (Ross, Greene et House, 1977) : on croit que les autres pensent comme nous. Un professionnel extérieur apporte la distance nécessaire pour poser les bonnes questions.

Le coût de l'amateurisme

Faire soi-même semble économique. Mais une stratégie floue, un positionnement mal choisi ou une campagne ratée coûtent souvent bien plus cher que l'expertise qui les aurait évités : budgets gaspillés, temps perdu, image abîmée, opportunités manquées. Le vrai coût d'une mauvaise décision marketing, c'est rarement celui de la facture : c'est celui de tout ce qu'elle a empêché. Et le pire ? C'est que souvent, dans ce cas, la conclusion est la suivante : "Le marketing ça coûte cher et ça sert à rien".


Partie 4 : Les erreurs à ne pas commettre quand on choisit un(e) professionnel(le) du marketing

Erreur n°1 : croire qu'un graphiste peut tout faire

C'est l'erreur la plus fréquente. « J'ai besoin d'un logo, d'un site et de quelques flyers. Je connais un graphiste pas cher, il va s'occuper de tout. »

Un bon graphiste est un professionnel précieux. Mais son métier, c'est de mettre en forme une stratégie, pas de la définir. Lui demander de construire votre positionnement, c'est comme demander au peintre de dessiner les plans de votre maison : il peut faire de très jolis murs, mais il n'est pas architecte. Et si les fondations sont mal pensées, la plus belle peinture du monde n'y changera rien.

Le bon ordre : d'abord la stratégie (qui sommes-nous, pour qui, avec quelle promesse ?), ensuite la création (comment l'exprimer visuellement ?).

Erreur n°2 : choisir uniquement sur le prix

Le prestataire le moins cher est rarement le plus économique. Un junior qui met trois fois plus de temps, une agence qui sous-traite tout à des débutants, un freelance qui livre sans réflexion stratégique : la facture initiale est basse, mais le coût final peut être élevé. Comparez les compétences, les références et la méthode, pas seulement le tarif.

Erreur n°3 : commencer par les outils

« Il nous faut un site. » « Il faut qu'on soit sur TikTok. » « On devrait faire une vidéo. » Peut-être. Mais pour dire quoi, à qui, et pour atteindre quel objectif ? Un outil sans stratégie, c'est un mégaphone sans message. Le bon professionnel commence toujours par vous demander pourquoi, avant de vous parler de comment.

Erreur n°4 : multiplier les prestataires sans chef d'orchestre

Un graphiste pour le logo, une agence pour le site, un freelance pour les réseaux sociaux, un imprimeur pour les plaquettes... et personne pour s'assurer que tout cela raconte la même histoire. Résultat : une marque éclatée, des messages incohérents, et beaucoup d'énergie perdue. Il faut quelqu'un qui tient la vision d'ensemble.

Erreur n°5 : ne pas briefer (ou mal briefer)

Même le meilleur professionnel du monde ne peut pas deviner ce que vous attendez. Un brief clair (objectifs, cibles, contexte, contraintes, budget, délais) est la meilleure garantie d'un bon résultat. Et si votre prestataire ne vous pose aucune question avant de se lancer, méfiez-vous.

Erreur n°6 : choisir celui qui dit oui à tout

Un bon conseil n'est pas toujours agréable à entendre. Le prestataire qui valide toutes vos idées sans jamais les challenger vous rassure, mais il ne vous aide pas. Préférez celui qui ose vous dire : « Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, et voici pourquoi. »

Erreur n°7 : attendre des miracles immédiats

Le marketing produit des effets à court terme (une promotion, une campagne) et des effets à long terme (la construction d'une marque). Les travaux de Binet et Field (2013) montrent que les deux sont nécessaires, et que les effets de marque mettent du temps à se construire. Un prestataire qui vous promet des résultats spectaculaires en quinze jours mérite au minimum une question supplémentaire.


Le mot de la fin

Il paraît que, vu de l'extérieur, le marketing consiste à utiliser avec aplomb des mots américains vides de sens tout en gardant les cheveux bien attachés.

Je ne vais pas mentir : j'ai déjà entendu en réunion qu'il fallait « challenger le storytelling pour driver l'engagement et booster le reach de la brand ». J'ai hoché la tête avec conviction. Mes cheveux, eux, n'ont pas bougé d'un millimètre. Bon OK. Ils sont courts et pas attachés.

Mais derrière le jargon (qu'on vous accorde volontiers, il est parfois insupportable) se cache un métier très concret : comprendre vos clients, construire une offre qui leur parle, et leur donner une bonne raison de vous choisir plutôt qu'un autre. Rien de bien glamour. Juste ce qui fait la différence entre une entreprise qui vend et une entreprise qui espère vendre.

Alors oui, le marketing a peut-être ses mots américains et ses coiffures impeccables. Mais si vous voulez mon conseil, jugez un marketeur à ses questions plutôt qu'à son vocabulaire. Et à ses résultats plutôt qu'à sa coiffure.


Ce qu'il faut retenir

  • Le marketing, c'est comprendre, proposer, se différencier et faire savoir. La communication n'en est qu'une partie.

  • Il est indispensable parce qu'un bon produit ne suffit pas, que les clients ont le choix et que les concurrents ne vous attendront pas.

  • C'est un métier qui demande des compétences, de l'expérience et un regard extérieur.

  • Quand vous choisissez une aide extérieure : la stratégie avant la création, la compétence avant le prix, la vision d'ensemble avant les outils.

  • Un graphiste met en forme, un stratège donne le fond. Les deux sont précieux, mais pas interchangeables.


Pour aller plus loin

  • American Marketing Association (2017). Definitions of Marketing. ama.org

  • Binet, L. & Field, P. (2013). The Long and the Short of It. IPA.

  • Drucker, P. F. (1954). The Practice of Management. Harper & Row.

  • Drucker, P. F. (1973). Management: Tasks, Responsibilities, Practices. Harper & Row.

  • Levitt, T. (1960). Marketing myopia. Harvard Business Review, 38(4).

  • McCarthy, E. J. (1960). Basic Marketing: A Managerial Approach. Irwin.

  • Narver, J. C. & Slater, S. F. (1990). The effect of a market orientation on business profitability. Journal of Marketing, 54(4).

  • Ross, L., Greene, D. & House, P. (1977). The "false consensus effect". Journal of Experimental Social Psychology, 13(3).


Construire des marques utiles, claires et désirables : j'aide les marques à (re)trouver ce qui fait leur singularité, à structurer leur plateforme de marque et à déployer une communication qui a du sens, pour leurs clients comme pour leurs équipes.

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